Déboulonnages des statues, anti-racisme : la République à l’épreuve

Un peu partout dans le monde, depuis la mort de George Flyod, aux Etats-Unis, on observe une discussion sur le racisme dans le débat public, sur fonds de manifestations au slogan tonitruant Black Lives Matter et déboulonnages de statue de personnages publics et historiques, liée au passé colonial de certains pays.

La question du déboulonnage des statues en France s’impose quelques jours avant l’incident Flyod, lorsque des militants RVN martiniquais déboulonnent deux statues à l’effigie de Victor Schoelcher en Martinique le 22 mai dernier, lors de la commémoration des luttes esclavagistes et abolition de l’esclavage. Acte vite condamné par beaucoup y compris le Président, au nom de la République.

La question du déboulonnage des statues en vertu de l’antiracisme n’est ni une question de revisionnage historique, ni acte de séditieux anti-républicain. Mais est en réalité, un acte profondément républicain, liée à des valeurs universelles, celles de la justice et l’égalité. C’est pourquoi, lorsque le Président de la République, lors de son allocution à la nation le 14 juin dernier déclare « Je vous le dis très clairement ce soir mes chers compatriotes, la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. La République ne déboulonnera pas de statue » et compare certains militants à des « séparatistes », c’est refuser le débat avant même qu’il n’ait vraiment commencé. Pourtant, c’est une question essentielle lié à la nation elle-même. En effet, la France est la seule puissance coloniale à avoir une manifestation territoriale de la colonisation et la traite négrière, en lieu de ses départements d’outre-mers. Refuser le débat d’un revers de main et récuser tout questionnement c’est occulter la mémoire Antillaise, et privilégier le mythe colonial français. Oui, en 1848 la France a acté pour la seconde fois l’abolition de l’esclavage. Mais c’est cette même France qui pendant si longtemps la pratiquait !

C’est pourquoi cette question du déboulonnage est cruciale. Au-delà de l’anti-racisme, elle met en lumière de façon clair, le choix de la mémoire collective où l’histoire des colonisés s’éfface au profit du colonisateur, créant ainsi, une Histoire dénuée de sa complexité. Les héros de la République se trouvent également outre-Atlantique en la personne de la mulatresse solitude, ou la figure du nègre-marron. Le devoir de mémoire est décisif et l’enjeu nous pousse à effectivement, remettre en question certains personnages qui incarnent profondément la République. Comme Jules Ferry, à la fois artisan de l’école républicaine laïque et grand colonisateur, qui, pensait que la France avait « le devoir de civiliser les races inférieures ». Christiane Taubira, ancienne garde des sceaux, tenait déja un propos très juste à ce sujet dans une interview à Libération en 2017 « Au pays qui se prétend le cœur des Lumières, sur ces sujets-là, la raison disparaît ! Il ne reste que l’affectif ! Pourquoi ne pourrait-on réfléchir au rôle de Colbert dans la rédaction du Code noir ? Ce qui ne veut pas dire que Colbert n’était que cela. Mais débattons ! ». Cette espèce d’amnésie collective ne peut plus exister. La République se doit de regarder son histoire en face car « Quand vous construisez une société sur de la dissimulation, la rage enfle par en dessous. »

Il n’est pas question de réécriture historique mais de mise en lumière d’une vision moins simplifiée de la République, qui se veut une et indivisible. Mais alors, comment faire coexister la sacralisation en symbole de ces personnages historiques lorsque les conséquences de l’histoire perdurent encore ? Doit-on séparer la République de ses hommes ?

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