La démocratie : chronique d’une mort annoncée

Depuis quelques jours on entend fredonner inlassablement par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, certains journalistes et éditorialistes, le supposé « ensauvagement » du peuple français. Au-delà de la connotation historique, culturelle et sociologique du terme, qui stigmatise une partie de la société comme le démontre, ci-dessous, la Une de Valeurs Actuelles, ce terme ne fait pas totalement sens avec la réalité.

Une de Valeurs Actuelles (Jeudi 27 Août 2020)

Les Français ne sont pas plus irrespectueux, voire plus violents qu’avant. Mais ce qui a changé c’est le traitement médiatique et public de ces nombreux faits divers, débattus en boucle sur les chaines d’infos en continu et sur les réseaux sociaux, rendant ainsi le caractère exceptionel du fait divers, récurrent. En réalité, ce sentiment palpable d’un pays en manque de repères, provient de l’appauvrissement de la pensée intellectuelle française, et se traduit dans la société par un sentiment de mal-être profond. Depuis quelques années, les médias français mainstream semblent adopter sans sourciller un virage à droite. Partout, tout le temps, journalistes, éditorialistes, et essayistes de droite et d’extrême droite débattent sans cesse. Grignotant un peu plus l’espace de la gauche, qui s’éteint à petit feu transformant ainsi, le débat public en un seul et même mouvement, oscillant entre la droite conservatrice nationaliste et la droite libérale.

Présence dans le paysage audiovisuel français des différents courant de pensée.
Graphisme de Denis Pie,l historien et enseignant en histoire géographie vu sur Twitter
https://twitter.com/DenisPiel/status/1294320443336294407

Nous ne sommes pas dupe ! Cette polarisation du débat a pour but de rendre la droite libérale, moderne et modérée. Elle est donc présentée comme seul vecteur d’un changement positif en ces temps difficiles, tout en faisant le jeu de l’extrême droite avec ses relans racistes et xénophobes… . Reléguant ainsi la pensée de gauche à la marginalisation et de surcroit la rendant obsolète. On assiste donc inévitablement à la fin du débat. Un débat sans oppositon formel n’est qu’une discussion à sens unique. En effet, le débat construit par opposition de valeurs. L’absence de la gauche par exclusion, rend donc impossible la construction d’un avenir commun. La disparition de la pensée de gauche des canaux habituels du débat public, entraine une histérisation du propos par cette droite qui pense que leur indignation l’emporte sur l’argument. Seule la répression de ceux qui ne pensent pas comme eux est enviseagable. L’autre devient séditieux, anti-républicain, séparatiste.

La droite libérale française et l’extrême droite se tiennent la main dans une espèce de fraternité malsaine, comme l’a démontré l’interview du président de la République à Valeurs Actuelles.

image prise Ellen Salvi (journaliste média part)

Puis on demandera aux électeurs français à la prochaine présidentielle comme en 2002, puis 2017, de faire barrage, de faire front-républicain contre la montée de l’extrême droite, que l’on aura vue venir comme un nez au milieu de la figure. Car après tout qui normalise le terme de « racisme anti-blanc » créé à l’époque par le Rassemblement National. Qui permet à Éric Zemmour, condamné pour provocation à la haine raciale d’avoir son temps de parole sur Cnews ? Qui reprend le terme « d’ensauvagement » brandi fièrement par le Rassemblement National ? Qui, agite pour justifier ce virage à droite presque quasi violent, le principe de la liberté d’expression. Qui au moment du massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande semble être frappé d’amnésie et refuse de montrer haut et fort que cette tuerie découle de la théorie du grand remplacement théorisé par le français Raymond Camus et repris par l’extrême droite ? La caste politique de droite et les médias sont tenus pour responsable de l’apprauvrissement de la pensée et de cette tension vive et permanente entre les français. Après tout comment espérer un avenir commun quand constamment une partie de la population est stigmatisée. Si ce n’est pas la faute des pauvres, c’est la faute des arabes et des noirs et le prétendu communautarisme. Le système qui est au coeur du problème n’est jamais remis en question seules les conséquences sont alors vu comme la cause et ainsi de suite.

Le danger réside peut-être alors, dans la disparition quasi totale de la gauche dans le paysage français, à la manière du PCF, qui en plus d’avoir perdu la bataille politique a perdu la bataille culturelle. Il est vrai que politiquement, nous pouvons reprocher à la gauche bien des choses. Toutefois, la pensée de gauche est structurante dans ce pays. La disparition totale du schéma d’opposition, à priori catégorique entre deux mouvements opposés au profit de l’hégémonie d’une seule et unique pensée est dangereuse. Car cela catalyse les tensions. Nous pouvons déjà alerter quant à la montée de Génération Identitaire en opposition avec le mouvement anti-raciste Français.

Ici la politique politicienne importe peu, le sujet n’est pas à un rassemblement possible de la gauche en vu des prochaines élections mais bel et bien de retrouver la balance et la mesure qui manquent cruellement aujourd’hui.

Une réflexion sur “La démocratie : chronique d’une mort annoncée

  1. Hello merci
    Analyses rigoureuses, pertinentes, ecrites avec élégance et honnêteté. La disparition de la gauche culturelle est la plus triste perspective de notre siècle (choix de MG)
    Aux prochains épisodes 😘

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